*Par Rodrigo Cerveira
Pensez à l’intelligence artificielle et quelle est la première image qui vous vient à l’esprit ? Pour beaucoup, la réponse fait encore référence à un look futuriste cliché, presque plastique : des robots, des interfaces holographiques et des voitures qui parlent avec une voix métallique. C’était l’ère de l’IA explicite, une technologie présente dans la forme finale des choses, une signature de la modernité plastique de ce que nous imaginions être le futur. Cependant, cette époque est révolue. Nous entrons dans l’ère de l’IA omniprésente, c’est-à-dire une ressource intégrée à la vie quotidienne, permettant une prise de décision plus éclairée et efficace à tous les niveaux.
C’est l’ère où l’intelligence artificielle cesse d’être le produit final et devient le milieu de la route, une couche invisible et omniprésente qui optimise les processus dans tous les domaines. Ce n’est plus la voiture autonome elle-même, mais le cerveau qui recalcule l’itinéraire en quelques millisecondes pour éviter le trafic. En médecine, par exemple, il existe déjà des systèmes d'IA qui identifient les fractures osseuses avec plus de précision que les radiologues ou détectent les premiers signes de maladies comme la maladie d'Alzheimer des années avant les premiers symptômes. L’IA est devenue un tissu conjonctif de notre réalité numérique, moins visible mais infiniment plus impactante.
Cette omniprésence soulève cependant des questions fondamentales. Le premier concerne sa fiabilité. À mesure que nous déléguons davantage de tâches à ces systèmes, dans quelle mesure pouvons-nous leur faire confiance ? La même IA qui peut sauver des vies en analysant un scan peut, dans d’autres contextes, « halluciner » – un terme qui décrit sa tendance à combler les lacunes avec des informations extrêmement plausibles mais factuellement incorrectes. La frontière entre réalité et fiction bien construite n’a jamais été aussi fine.
Les exemples sont aussi absurdes qu’inquiétants. Nous avons vu le chatbot d'une grande compagnie aérienne inventer une politique de remboursement qui n'existait pas, engageant la responsabilité juridique de l'entreprise. Les avocats ont déjà été embarrassés devant les tribunaux en citant des affaires juridiques entièrement fabriquées par une IA. Et, au royaume du bizarre, un moteur de recherche a même suggéré d’ajouter de la colle non toxique aux pizzas, une « astuce » tirée d’un commentaire satirique sur Internet. Ces cas illustrent que l’IA manque, pour l’instant, de discernement ou d’engagement envers la vérité ; c'est une machine d'association de modèles.
Et cela nous amène à la deuxième question, peut-être la plus critique. Alors que l’IA devient un outil si fluide et intégré, qui vérifie réellement les résultats ? La commodité d’un résultat instantané peut nous conduire à une dangereuse complaisance, en acceptant ses conclusions sans la rigueur requise. Les décisions passent-elles par un véritable filtre humain ou devenons-nous peu à peu de simples approbateurs de suggestions algorithmiques ?
La réponse pour naviguer dans cette nouvelle ère réside dans la redéfinition de notre relation avec la technologie. L’IA doit être utilisée comme un facilitateur de génie, un stagiaire infatigable et brillant, mais pas comme un validateur ultime. La responsabilité de vérifier, de s'assurer de l'origine et de la validité des informations avant toute publication ou décision importante demeure et doit toujours rester humaine. L’ère de l’IA omniprésente ne vise pas à remplacer la pensée humaine, mais à l’augmenter. Il nous appartient d’utiliser ce pouvoir avec sagesse et surtout de manière responsable.

